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Conférences et enseignements

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Conférences d'enseignement 2002

  Coordinateur(s) : Jacques Duparc - Collection : Cahiers d'enseignement de la Sofcot - Marque : Elsevier
  Une publication de : Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (Sofcot)

Sommaire :



 

Pages 1- 19 - Spondylolisthésis lombaire chez l’adulte

 J.P. Ghosez      

Le spondylolisthésis lombaire est une anomalie fréquente atteignant plus de 5 % de la population occidentale. La plupart du temps il est asymptomatique. L’étiologie est multifactorielle et la plupart des spondylolisthésis sont dus à une rupture isthmique dont les causes sont analysées ici. La radiographie standard reste un élément essentiel du bilan radiologique. Les formes asymptomatiques du spondylolisthésis ne justifient pas de traitement agressif. La principale indication du traitement chirurgical (arthrodèse) est l’instabilité vertébrale. Les différentes techniques d’arthrodèses seront passées en revue et leurs avantages et leurs inconvénients analysés. L’auteur tente de répondre à un certain nombre de questions en analysant la littérature médicale et sa série de spondylolisthésis. De cette analyse, il ressort que les spondylolisthésis de moins de 50 % peuvent être arthrodésés in situ, et que l’arthrodèse par double abord (intersomatique et postérolatéral) lui semble être la technique la plus efficace dans le traitement du spondylolisthésis.

 

Pages 21- 31 - Prothèses d’épaule et rupture de coiffe

 F.W.J. Handelberg      

Une arthrose glénohumérale, en présence d’une coiffe des rotateurs rompue, peut poser bien des soucis au chirurgien orthopédiste puisque aussi bien la mobilité, la stabilité, la force et la congruence de l’articulation sont compromises. Lorsque la coiffe est réparable, la pose d’une prothèse totale anatomique non contrainte, suivant une technique rigoureuse, donne de bons résultats fonctionnels, même à long terme. Si, en revanche, la coiffe est irréparable et la tête humérale est ascensionnée, plusieurs solutions ont été proposées. Les prothèses totales tout à fait contraintes ont présenté des complications précoces très nombreuses et ont été rapidement abandonnées. Il en fut de même des prothèses totales semi-contraintes anatomiques. Une prothèse qui répondrait au concept - totale, anatomique, non contrainte - produirait une sollicitation excentrique du composant glénoïdien, du fait de la migration supérieure de la tête humérale lors de l’abduction active, avec un risque majeur de descellement. L’hémiarthroplastie a la faveur des chirurgiens nord-américains en cas de rupture massive de coiffe. Pourtant, malgré une amélioration certaine de la douleur, le gain fonctionnel est plutôt faible. Il faut éviter de poser une tête surdimensionnée, bien recentrer cette tête sous la voûte coraco-acromiale, par une libération capsulaire agressive, et éventuellement reconstruire cette voûte afin d’obtenir une biomécanique compatible avec une fonction normale. Les prothèses bipolaires constituent une variante de l’hémiarthroplastie mais l’amélioration théorique du bras de levier du deltoïde ne s’est jamais traduite en pratique par un gain fonctionnel. Dans la prothèse peu contrainte inversée de Grammont, le centre de rotation de l’articulation est médialisé et abaissé, ce qui allonge le bras de levier du deltoïde, qui peut donc agir comme abducteur dès les premiers degrés de l’abduction. Malgré ses maladies de jeunesse et après avoir subi quelques améliorations, cette prothèse a fini par convaincre bon nombre de chirurgiens de l’épaule et est actuellement la meilleure option chirurgicale en cas d’arthrose décentrée sur coiffe déficiente chez le sujet âgé.

 

Pages 33- 48 - Stabilité des prothèses totales du genou

 J.N. Argenson      

Le but des prothèses totales du genou est de supprimer la douleur en restaurant un genou mobile et stable. Cette stabilité doit être présente en extension et dans tous les degrés de flexion jusqu’en flexion maximale, reproduisant ainsi les différentes sollicitations de la vie courante. Elle va donc conditionner le résultat à court terme de l’arthroplastie régissant la fonction du genou, mais aussi le résultat à long terme, la stabilité protégeant le polyéthylène d’une usure accélérée et l’interface d’un descellement précoce. Un quart des reprises de prothèses totales du genou sont réalisées pour instabilité fémorotibiale. En préopératoire, la stabilité du genou doit être évaluée sur le plan clinique et radiographique pour analyser l’état du plan capsuloligamentaire périphérique et de l’appareil extenseur, pour apprécier l’importance des pertes osseuses et ostéochondrales intra-articulaires, et pour rechercher toute déformation extra-articulaire. Lors de la réalisation de l’arthroplastie, les résections osseuses et les gestes de libération des parties molles doivent aboutir à des espaces symétriques et équivalents en extension et en flexion. La stabilité obtenue à la fin de l’arthroplastie repose sur le positionnement correct des pièces prothétiques dans le plan frontal et sagittal ainsi qu’en rotation. Elle repose aussi sur l’alignement global du membre inférieur qui en résulte ainsi que sur la tension appropriée du cadre ligamentaire. Enfin, le dessin prothétique intègre la notion de stabilité par le degré de congruence fémorotibiale qu’il procure dans le plan frontal et dans le plan sagittal, mais aussi par le système de postérostabilisation en cas de substitution du ligament croisé postérieur.

 

Pages 49- 76 - Traitement chirurgical conservateur des tumeurs malignes primitives osseuses du genou chez l’adulte

 P. Anract      

Le fémur distal et le tibia proximal sont les deux localisations les plus fréquentes des sarcomes osseux primitifs. L'avènement des chimiothérapies, le développement de l'imagerie et des techniques de reconstruction permettent d'effectuer un traitement chirurgical conservateur dans 80 % des cas. Pour les résections du fémur distal, la reconstruction la plus couramment utilisée est une prothèse massive à charnière. Il en est de même pour le tibia proximal ;  dans ce cas de figure, la continuité de l'appareil extenseur est rétablie à l'aide d'un lambeau de gastrocnemius médial. Il est aussi possible d'utiliser des prothèses composites (prothèse entourée d'une allogreffe). Lorsqu'il existe un envahissement articulaire, une arthrectomie monobloc est nécessaire ; la reconstruction fait le plus souvent appel à une arthrodèse fémorotibiale type Juvara. Dans ce cas, il est aussi possible de reconstruire le genou par une prothèse massive et un lambeau de gastrocnemius médial ou par une prothèse composite comprenant l'ensemble de l'appareil extenseur sur l'allogreffe. Les autres techniques de reconstruction disponibles sont : les transferts osseux, les allogreffes autoclavées, les allogreffes massives ostéocartilagineuses. Les résultats fonctionnels dépendent de l'importance de la résection osseuse, de la localisation, de la résection des parties molles et du type de reconstruction. Les reconstructions du fémur distal procurent des meilleurs résultats que celles du tibia proximal, les résultats après arthrectomie monobloc sont inférieurs à celles qui n'intéressent qu'une seule extrémité osseuse, l'importance de la résection de l'appareil extenseur conditionne aussi le résultat fonctionnel. Les prothèses massives procurent des résultats satisfaisants dans trois quarts des cas. Les allogreffes massives ostéocartilagineuses permettent d'obtenir des résultats fonctionnels similaires mais moins durables. Les arthrodèses arrivent ensuite. En terme de qualité de vie, les différences sont assez minimes entre ces différents modes de reconstructions. Toutes ces reconstructions exposent à de nombreuses complications. Les complications cutanées et les infections arrivent au premier plan. Viennent ensuite les complications liées aux allogreffes : fractures et non-consolidation des jonctions. La survie de ces reconstructions constitue, là aussi, un problème majeur ; en effet, à 10 ans, dans la plupart des séries, la moitié des prothèses et des allogreffes ont nécessité une ou plusieurs réinterventions et 10 % des patients finissent par subir une amputation. Pour cette raison, il est préférable, quand cela est possible, de privilégier des reconstructions biologiques avec de l'autogreffe qui procurent des résultats durables. Par ailleurs, aucune technique de reconstruction n'ayant fait la preuve de sa supériorité, il convient de la choisir en fonction de la demande fonctionnelle du patient et des moyens dont le chirurgien dispose.

 

Pages 77- 112 - Instabilité antérieure de l’épaule. Apport et place de l’arthroscopie

 P. Boileau      

Le traitement arthroscopique de l’instabilité antérieure chronique a considérablement évolué depuis ces quinze dernières années. Une revue systématique et critique de la littérature montre que le taux de récidives des différentes techniques de stabilisation arthroscopique s’est amélioré progressivement : 23 % pour les agrafes métalliques, 34 % pour les sutures transglénoïdiennnes selon Morgan, 27 % pour les sutures transglénoïdiennnes selon Caspari, 17,5 % pour les rivets résorbables, 13 % pour les ancres avec sutures qui est la technique la plus récente. Ce taux de récidive se rapproche des techniques de Bankart «à ciel ouvert» mais reste supérieur aux techniques de type butée coracoïdienne. Sur le plan du diagnostic lésionnel, l’arthroscopie a permis de progresser en permettant de classifier les lésions et en montrant que la lésion de Bankart n’est pas la seule lésion de l'instabilité antérieure. Il existe de multiples formes de lésions labrales (désinsertion du labrum supérieur, postéro-inférieur, circonférentielle) et de multiples formes de lésions ligamentaires (distension et/ou déchirure capsulaire, désinsertion capsulaire humérale). La connaissance et la reconnaissance de ces lésions lors de l’arthroscopie permettent de les prendre en compte dans la stratégie chirurgicale, de façon à les traiter lorsque cela est techniquement possible. Les limites (et donc, les contre-indications relatives) à la stabilisation arthroscopique de l’épaule sont : l’absence de lésion de Bankart, une capsule de qualité très déficiente (élongation ou déchirures majeures), une désinsertion de la capsule du côté huméral et des défects ostéocartilagineux de plus de 25 % de la surface articulaire, intéressant la glène ou la tête humérale. Dans ces cas, il faut savoir retirer l'arthroscope et adopter une technique conventionnelle. Ainsi, la stabilisation arthroscopique de l’épaule ne doit être ni condamnée, ni abandonnée. Au contraire, des efforts doivent être faits pour en établir les indications idéales et pour améliorer encore la technique chirurgicale, de façon à obtenir des résultats plus reproductibles et plus proches de ceux des techniques conventionnelles. La sélection des patients, l’adjonction systématique d'une plicature et une retente capsulaire à la réinsertion du bourrelet et le traitement de toutes les pathologies associées permettent d'ores et déjà d'obtenir des résultats prometteurs. Malgré tout, la littérature manque cruellement d'études non biaisées, comparant de manière prospective et randomisée les stabilisations conventionnelles et arthroscopiques.

 

Pages 113- 124 - La fixation d’une fracture doit-elle être stable ou instable, statique ou dynamique ?

 J.P. Meyrueis      

Les facteurs mécaniques ont une influence sur le mode, le pourcentage et l’efficacité de la consolidation. La décision la plus importante est le choix entre une fixation stable et une fixation instable. À foyer fermé, une instabilité modé- rée est souhaitable car elle stimule la formation d’un cal périosté. À foyer ouvert, une ostéosynthèse doit impérativement être stable. La fixation par plaques et l’enclouage classique ont une raideur constante jusqu’à la consolidation. L’ostéosynthèse dans ce cas est statique. La raideur d’un enclouage verrouillé et celle d’un fixateur externe peuvent varier dans le temps pour favoriser la formation du cal et limiter le risque de fracture itérative. L’ostéo- synthèse est alors dynamique.

 

Pages 125- 140 - Enclouage rétrograde du fémur

 P. Vichard      

L’enclouage rétrograde du fémur à l’aide de clous droits introduits par le nœud sutural de Chevrier a été proposé par Green, Séligson et Henry (clou GHS) pour traiter les fractures récentes du tiers distal de la diaphyse fémorale et les supracondyliennes. L’intervention type était réalisée à foyer fermé, sous amplificateur de brillance, et sur table normale, en décubitus dorsal strict. Le caractère creux du GSH rappelle l’intérêt des auteurs pour un alésage avant enclouage. Rapidement, les sus- et intercondyliennes ont été incluses dans les indications. Le premier clou GSH était un clou court (15 cm) verrouillable grâce à de nombreux orifices répartis sur toute la longueur du clou. Par la suite, Green, Séligson et Henry ont diminué le nombre des orifices pour éviter les ruptures de fatigue et ont finalement proposé, en plus, une variété longue. Les résultats favorables pour les modifications topographiques primitives l’ont été aussi lorsque le terrain était précaire (polytraumatisés, vieillards, diabétiques et tarés). On observait la même supériorité par rapport aux autres techniques en des circonstances particulières : présence d’une prothèse tricompartimentale, non postérostabilisée du genou, antécédents pathologiques ou opératoires au niveau de la hanche, déformations fémorales préexistant à une fracture (Paget). Actuellement, de nombreux chirurgiens, surtout américains, donnent la préférence au clou rétrograde (par rapport à l’antérograde) pour toutes les localisations diaphysaires. D’autres, en Europe notamment, sont beaucoup plus restrictifs et ne traitent les fractures des deux tiers proximaux par cette technique qu’en des circonstances particulières : obésité morbide ou grossesse. Parallèlement au clou GSH, des clous courts ou longs, mais pleins en acier ou en titane ont été proposés. En principe, ils dispensent de l’alésage accusé de produire une élévation thermique locale, une dévascularisation, et de favoriser l’embolie graisseuse. La technique de pose de ces clous est très voisine. Quoi qu’il en soit, le clou rétrograde permet de traiter électivement des cas de plus en plus nombreux. Mais, l’attention des chirurgiens doit être attirée sur plusieurs problèmes non résolus. L’ablation du clou reste difficile et trop traumatisante. Elle doit être discutée cas par cas. La plupart des complications résultent d’imperfections techniques (enfouissement insuffisant du clou, verrouillage défectueux). Elles sont donc iatrogènes. Malgré des études biomécaniques pas toujours favorables, la supériorité des clous longs (qualité de la réduction qui se maintient malgré l’ostéoporose, prévention des fractures du fémur en dehors de la zone d’implantation, possibilité de verrouillage mécanique bipolaire et d’extraction par le trochanter) semble acquise. Malheureusement, certaines améliorations ne sont pas encore entrées dans la pratique courante.

 

Pages 141- 161 - Instabilité traumatique du coude de l’adulte

 P. Mansat      

Les instabilités du coude peuvent être classées en fonction de cinq critères : leur ancienneté, les articulations intéressées, la direction principale du déplacement, l’importance du déplacement, et la présence ou l’absence de fractures associées. La luxation postérolatérale du coude représente l’épisode d’instabilité aiguë le plus fréquent et fait suite à un traumatisme en valgus du coude, supination de l’avant-bras et compression axiale. Ce traumatisme va initialement induire une lésion du complexe ligamentaire latéral, qui va s’étendre vers la capsule, pour atteindre le compartiment ligamentaire médial. Le traitement en urgence conditionne la qualité du résultat final. La tendance actuelle est au traitement «à la carte» en fonction de la stabilité du coude après réduction, en favorisant les mobilisations précoces dans des secteurs protégés. Lorsqu’il s’agit d’une luxation complexe du coude, associée à une ou des fractures (tête radiale, coronoïde, olécrâne), le principe est de réparer en urgence les éléments stabilisateurs du coude, en ostéosynthésant les fractures et en réparant les ligaments pour permettre une mobilisation précoce parfois protégée par un fixateur externe. Les luxations récidivantes du coude sont peu fréquentes. De connaissance ancienne, elles ont été récemment démembrées. Elles sont le plus souvent liées à une incompétence du complexe ligamentaire latéral. Des tests cliniques spécifiques permettent de faire le diagnostic de cette instabilité et de proposer un traitement reposant sur la reconstruction chirurgicale du ligament collatéral latéral. En pratique sportive, des contraintes en valgus répétés peuvent également entraîner une instabilité du coude par incompétence du ligament collatéral médial. Les résultats des reconstructions sont également satisfaisants. Les luxations invétérées du coude proviennent des séquelles des luxations du coude dont le traitement a été inadéquat. La répercussion fonctionnelle est variable. Même si l’abstention thérapeutique était la règle, l’indication de réduction sanglante va dépendre de l’ancienneté du traumatisme, de la position de la raideur, et du secteur fonctionnel conservé. Dans tous les cas, les résultats sont peu prévisibles et le pronostic doit être réservé.

 

Pages 163- 186 - Entorses récentes du genou chez l’adulte

 P. Neyret      

Sous le terme d’entorses ligamentaires récentes du genou chez l’adulte se cachent une multitude de lésions élémentaires isolées associées en véritables syndromes lésionnels. Ces entorses, le plus souvent apanage du sujet jeune, surviennent lors d’accidents sportifs et rarement de la voie publique. Selon le mécanisme et son énergie, on peut observer de l’étirement du ligament collatéral médial à la redoutable luxation du genou. Les différents éléments capsuloligamentaires du genou se divisent en trois entités. D’une part, les formations périphériques médiales et latérales et, d’autre part, le pivot central. La connaissance de leur anatomie et de leur physiologie associée à une recherche soigneuse des signes cliniques en urgence sont les bases menant au diagnostic et au bilan lésionnel. Des radiographies du genou sont indispensables en urgence afin de dépister des lésions osseuses associées. L’imagerie par résonance magnétique nucléaire est une aide précieuse devant des genoux difficilement examinables du fait de la douleur, de l’œdème et de l’hémarthrose. L’arthroscopie diagnostique n’a plus de place à ce moment. Ces entorses répondent à des prises en charge thérapeutiques adaptées. Le traitement chirurgical en urgence est réservé à des indications spécifiques (avulsion ou arrachement osseux, luxations irréductibles, etc.). Les lésions périphériques isolées seront plus volontiers traitées orthopédiquement. Une atteinte du pivot central et, en particulier du ligament croisé antérieur, correspondra plus souvent à un traitement chirurgical différé. Une attitude plus éclectique est envisagée. Les atteintes bicroisées et les luxations forment un groupe à part où la prise en charge initiale et le pronostic seront dominés par les complications et les lésions associées. L’évolution des entorses ligamentaires récentes dentorses ligamentaires récentes du genou est généralement favorable mais les séquelles (laxité et instabilité résiduelles chroniques ou raideur articulaire) ne sont pas rares. Le suivi et la rééducation de ces patients seront donc primordiaux. Les luxations fémoropatellaires ou péronéotibiales ont été volontairement exclues de ce propos car elles correspondent à une physiopathologie et une prise en charge propre.

 

Pages 187- 205 - Fractures des deux os de l’avant-bras de l’adulte

 T. Bégué      

Les fractures diaphysaires des deux os de l’avant-bras de l’adulte concernent les lésions traumatiques intéressant le cadre radio-ulnaire dans sa portion moyenne, au niveau des insertions de la membrane interosseuse. Il s’agit de lésions fréquentes nécessitant la restitution chirurgicale de l’anatomie du radius et de l’ulna pour préserver la pronosupination. Les fractures de l’avant-bras sont secondaires à des traumatismes directs, ou indirects par compression axiale le long de l’axe de l’avant-bras. Les lésions peuvent intéresser les deux structures osseuses ou leurs moyens d’union respectifs capsuloligamentaires et interosseux. L’ostéosynthèse par plaque est la technique opératoire la plus souvent utilisée. Elle expose au risque de démontage en cas d’insuffisance d’extension du matériel d’ostéosynthèse, de pseudarthrose en cas de dépériostage excessif, et de fracture itérative après ablation de matériel. L’enclouage centromédullaire nécessite des implants anatomiquement adaptés à la morphologie de l’ulna et du radius. L’embrochage centromédullaire des deux os de l’avant-bras n’est indiqué que dans les fractures transversales simples du tiers supérieur-tiers moyen du radius, et du tiers moyen-tiers inférieur de l’ulna. L’utilisation du fixateur externe en hémi-cadre est utile en cas de perte de substance osseuse ou de fracture ouverte de haut grade. Les complications de ces fractures sont à la phase aiguë le syndrome de loges, plus fréquent chez l’adulte masculin jeune après un traumatisme à haute énergie. Les pseudarthroses sont secondaires à des traumatismes étendus de l’os et des parties molles, et à des défauts techniques d’ostéosynthèse avec dépériostage. Elles sont constantes en cas de perte de substance osseuse nécessitant un apport spongieux, des greffes corti-cospongieuses encastrées vissées ou des greffons vascularisés libres de fibula, en fonction de l’importance de la perte de substance. Les synostoses radio-ulnaires post-traumatiques sont fréquentes dans les traumatismes graves avec atteinte associée des parties molles. Le traitement comprend l’excision de la synostose associée à des procédures variées pour éviter la récidive. Les cals vicieux ne sont fonctionnellement symptomatiques qu’en cas de désaxation axiale ou rotatoire supérieure à 10 . Ils nécessitent une ostéotomie multiplane de l’un ou des deux os consolidés.

 

Pages 207- 224 - Le concept d’Ilizarov et son évolution

 P. Merloz      

Le concept d’Ilizarov est basé sur quatre idées fortes : Ilizarov prône l’utilisation d’un fixateur externe circulaire, modulaire, souple et dynamisable, muni de broches fines. Ilizarov insiste sur le respect absolu des tissus ostéogènes et de la vascularisation osseuse, en particulier, centromédullaire. Il défend le concept de la régénération osseuse d’origine endostée, et décrit le principe de l’ostéogenèse en distraction. L’essentiel réside dans la préservation des tissus ostéogéniques lors de la corticotomie et la régénération osseuse se produit grâce à une zone d’allongement centrale, fibreuse et constante. Dans d’autres cas, cette régénération osseuse est susceptible d’éradiquer les foyers de pseudarthrose fistulisée. Depuis vingt ans, ce concept a évolué de plusieurs manières. La régénération osseuse décrite par Ilizarov n’est pas observée lors d’un allongement sur ou par clou centromédullaire, et ces remarques semblent imposer le périoste (et non l’endoste) comme seul véritable tissu capable d’assurer la régénération osseuse. Les allongements avec la technique originale d’Ilizarov se sont avérés longs en terme d’index de consolidation et le taux de complications a été élevé. Afin de réduire ces inconvénients, une évolution s’est faite vers des techniques associant, l’allongement poly-segmentaire, l’allongement motorisé, la dynamisation du fixateur et l’allongement par fixateur externe sur clou centromédullaire. Puis, à côté de l’allongement par fixateur externe, on a vu apparaître une technique radicalement opposée, basée sur l’utilisation du clou centromédullaire d’allongement. Pour des raisons d’encombrement, d’hygiène et de qualité de vie, le fixateur externe hybride (ou monolatéral) a remplacé le fixateur original d’Ilizarov à la cuisse. La géométrie circulaire du fixateur externe d’Ilizarov conserve en revanche, toute sa place au niveau de la jambe. En matière de pseudarthrose, l’importance des séquestres et des zones de nécrose osseuse pousse la plupart des auteurs à réaliser, à foyer ouvert, une résection large des tissus infectés. L’appareil d’Ilizarov permet de bien corriger le problème de l’inégalité de longueur associée. Dans le traitement des déviations d’axe (segments osseux ou raideurs articulaires), le concept d’Ilizarov a fait la preuve de son efficacité notamment au niveau du genou, du cou-de-pied et du pied et en particulier lorsqu’il s’agit de traiter des déformations multidirectionnelles. Ici, le concept d’Ilizarov associe, les avantages du traitement orthopédique à ceux du traitement chirurgical mais sans les inconvénients de ce dernier.

 

Pages 225- 243 - Croissance en orthopédie pédiatrique

 A. Dimeglio      

La croissance est à la base de tout raisonnement en orthopédie pédiatrique : inégalité de longueur, scoliose, malformation des membres, chondrodystrophie, enfant paralysé. Tous les enfants doivent être mesurés, pesés à chaque consultation. Une mesure peut être une erreur, deux mesures permettent de donner une indication et trois mesures permettent de définir une tendance. La vitesse de croissance est un indicateur précieux. La croissance est une aventure qui dure 17 ans. La croissance fœtale est exponentielle ; la croissance des cinq premières années de la vie est avant tout neurologique, marquée par un gain de taille substantiel, environ 56 cm. La croissance entre 5 et 10 ans est caractérisée par une croissance plus forte sur les membres inférieurs que sur le tronc. La puberté est marquée par trois secousses : croissance des membres, puis croissance du tronc et croissance du thorax. Quelles que soient les origines ethniques, ces séquences sont toujours les mêmes. Le poids est un paramètre qu’il ne faut pas sous-estimer : il double entre 10 et 16 ans. L’âge osseux doit être interprété avec beaucoup d’esprit critique. La confrontation de tous les paramètres est le meilleur moyen de réduire les marges d’erreur, le pourcentage de croissance restante sur les membres inférieurs, sur le tronc et sur la taille debout doit être intégré dans les prévisions ; rigueur dans la prise de mensurations, répétition semestrielle des mensurations et esprit critique dans l’analyse des chiffres sont les conditions à respecter pour saisir la croissance.

 

Pages 245- 262 - Aspects orthopédiques de la drépanocytose

 Y. Catonné      

La drépanocytose, maladie génétique caractérisée par la présence d’hémoglobine S, est l’hémoglobinopathie la plus fréquente au monde et survient surtout chez les sujets de race noire, en Afrique, en Amérique du Nord et aux Antilles. Elle ne devient symptomatique qu’à l’état homozygote (SS) ou hétérozygote composite (SC, S bêta-thalassémie). L’évolution est marquée par l’existence de crises d’anémie hémolytique et la présence de manifestations cardiopulmonaires, digestives, neurologiques, oculaires et ostéo-articulaires. Celles-ci sont particulièrement fréquentes et sont secondaires à différentes causes : la vaso-occlusion, liée à la fois à la modification des hématies et aux interactions entre drépanocyte et endothélium vasculaire, l’hyperactivité médullaire érythroblastique et l’augmentation de l’ostéogenèse. L’infarctus diaphysaire et l’ostéomyélite sont liés à un défaut de vascularisation des os longs et sont le plus souvent localisés sur le fémur, le tibia, l’humérus ou le péroné. Le tableau initial est marqué par une douleur osseuse aiguë, et il est souvent difficile de différencier infarctus et ostéo-myélite. Celle-ci est secondaire et survient par l’intermédiaire d’un germe circulant. L’infection à salmonelles est fréquente, en règle générale d’origine digestive mais le staphylocoque doré est également souvent le germe responsable. Le traitement associe antibiotiques et immobilisation et aboutit souvent à la reconstruction totale ou partielle de l’os. Le traitement chirurgical a également des indications. L’ostéonécrose épiphysaire est une complication fréquente de la drépanocytose : la nécrose de la tête fémorale survient dans environ 40 % des syndromes majeurs et débute dans l’enfance dans plus de la moitié des cas, à un âge moyen de 12 ans. La tête est souvent déformée (ovoïde ou aplatie), les modifications du col (coxa valga ou vara) sont fréquentes, celles du cotyle plus rares. Les aspects cliniques et radiologiques rencontrés sont proches de ceux de la maladie de Legg-Perthes-Calvé, mais l’évolution est plus grave, la phase de remodelage étant courte, et les séquelles sont très fréquentes à l’âge adulte. Les facteurs prédictifs d’une évolution défavorable à long terme sont la présence d’une coxa plana irrégulière, d’une incongruence tête-cotyle ou d’un stade C de Herring. Le traitement des nécroses de l’enfant est proche de celui des ostéochondrites : mise en décharge au stade initial, ostéotomie fémorale ou pelvienne en cas d’incongruence ou de défaut de couverture. Les nécroses de la tête fémorale surviennent souvent à l’âge adulte et elles sont marquées par la rapidité de leur évolution vers la perte de sphéricité de la tête et la coxarthrose. Aux stades précoces, certains auteurs proposent un forage éventuellement associé à une ponction-réinjection de moelle. À partir du stade III, l’arthroplastie totale est souvent la seule solution. Malgré la fréquence des complications et des reprises elle reste le meilleur moyen de soulager le patient de ses douleurs et d’améliorer un score fonctionnel souvent très bas au départ. Les ostéonécroses de la tête humérale sont également fréquentes et commencent souvent dans l’enfance. Elles sont longtemps bien tolérées et seules les formes arthrosiques très douloureuses justifient chez l’adulte une arthroplastie totale ou plus souvent limitée à l’extrémité supérieure de l’humérus. Les localisations intra-articulaires de la maladie drépanocytaire peuvent se manifester de façons diverses : hémarthroses liées à des thromboses intravasculaires de la synoviale, arthrite aseptique aiguë ou chronique, arthrite septique, surtout au niveau de la hanche et chez l’enfant. Le traitement des complications ostéo-articulaires doit être associé à celui de la maladie drépanocytaire elle-même : transfusions, agents favorisant la synthèse de l’hémoglobine fœtale, allogreffe de moelle dans certaines formes sévères.

 

Pages 263- 274 - Fractures du rachis thoracique et lombaire de l’enfant et de l’adolescent

 K. Mazda      

Les fractures du rachis thoracique et lombaire de l’enfant sont rares. Leur nature et leur mécanisme varient avec l’age, concomitamment aux modifications structurales du système rachidien dans son ensemble et aux traumatismes liés aux activités particulières aux différentes périodes de l’enfance. Le rachis immature est caractérisé par une plus grande souplesse (avec une fréquence accrue de lésions neurologiques sans lésions osseuses) et un mode de faillite mécanique particulier, lié au degré d’ossification des vertèbres. Trois périodes peuvent être individualisées : avant la marche, où les lésions consécutives aux maltraitances dominent, de 3 ans à l’adolescence, où les fractures en flexion exposent à des déformations évolutives et enfin l’adolescence caractérisée par l’apparition de lésions similaires à celles de l’adulte ainsi que de fractures particulières (arrachement de listel, apophysites vertébrales de croissance). Le traitement est fonction d’abord de la stabilité des lésions et des risques neurologiques, puis de l’évaluation des conséquences à long terme, dominées par la possibilité de déformations évolutives par anomalie de croissance locale. Le potentiel accru de consolidation ainsi que les possibilités de remodelage autorisent une place importante au traitement orthopédique. L’évaluation de la croissance résiduelle et des conséquences possibles des fractures et de leur traitement sur cette croissance est fondamentale.

 

 

Pages 275- 293 - Torticolis musculaire congénital

 D. Mouliès      

Le torticolis musculaire congénital peut se définir comme une attitude anormale et permanente de la tête et du cou par rapport au plan des épaules. Cette affection est connue et décrite depuis de nombreux siècles, mais garde un mystère quant à sa physiopathologie et à son évolution. La déformation est liée à l'anatomie du muscle sterno-cléido-mastoïdien qui se divise en deux chefs et quatre faisceaux et dont la rétraction entraîne l'inflexion, la translation et la rotation de la tête. Le diagnostic chez le nourrisson est relativement facile en raison de la déformation du crâne et de la diminution de la mobilité du cou. En quelques semaines, peut apparaître une masse sur le sterno-cléido-mastoïdien ayant la consistance d'une olive et traduisant un début de réaction fibreuse dont l'évolution est imprévisible. Cette masse disparaît en quelques semaines et peut faire place, soit à une fibrose définitive, soit à une restitution ad integrum de l'élasticité des fibres musculaires. Chez le grand enfant, lorsque la lésion est installée, les signes secondaires sont moins visibles, seules persistent une asymétrie du visage et la limitation de rotation ainsi que la translation de la tête et du cou. Les explications anatomopathologiques ont beaucoup évolué ces dernières années et s'orientent vers une étiologie anténatale par véritable syndrome de loge du fait de la flexion du cou fœtal et de l'ischémie qui en résulte. Les grandes séries publiées par l'école de Hong-Kong ont permis de mieux cerner l'évolution du torticolis et d'objectiver les différentes méthodes thérapeutiques. Le torticolis postural a une place à part, car il ne s'accompagne pas de rétraction et conduit exceptionnellement à des séquelles. Ce sont les formes tumorales et les formes fibreuses qui justifient les traitements par étirements musculaires et parfois par chirurgie. Toutefois, le pourcentage de guérison du torticolis reste très rassurant dans la plus grande majorité des cas, et seules quelques cordes persistantes du sterno-cléido-mastoïdien justifieront un allongement. Les nombreuses techniques chirurgicales qui étaient proposées (résection, ténotomie bipolaire, section à ciel fermé, section basse, etc.) laissent la place à une chirurgie plus simple d'allongement dans le corps musculaire. Le grand danger est de négliger un des quatre faisceaux des deux chefs du sterno-cléido-mastoïdien et de conduire ainsi à une cicatrice disgracieuse, voire à une récidive. Il est donc recommandé de faire une plastie d'allongement, dans la zone médiane, là où le muscle est plus facilement accessible car le moins étalé dans l'espace. Cette chirurgie ne doit être proposée qu'après l'âge de trois ans, lorsque la croissance du cou améliore le repérage du muscle et lorsque le caractère définitif de la fibrose est installé. Cette chirurgie est heureusement exceptionnelle et dans la plupart des cas les torticolis régressent spontanément en quelques mois avec des simples postures et des conseils domestiques, voire des manœuvres d'étirement musculaire doux. Il n'y a plus de place aujourd'hui pour l'appareillage et les méthodes d'immobilisation. Parfois, peut se poser le problème du diagnostic différentiel surtout chez le grand enfant pour lequel toutes les causes de torticolis doivent être énumérées, avec, en particulier les malformations osseuses, mais surtout les affections neuromusculaires et les causes tumorales, osseuses, médullaires ou neurologiques centrales.

 

Pages 295- 318 - Techniques des ostéotomies des membres chez l’enfant

 J.L. Clément      

Les ostéotomies des membres chez l’enfant comportent des spécificités qui les différencient des ostéotomies de l'adulte. La consolidation osseuse de bonne qualité due à l'activité du périoste, le remodelage osseux très actif et les rapports avec le cartilage de croissance constituent les caractéristiques générales propre au terrain. Le type d'ostéotomie choisi grâce au calque préopératoire, la voie d'abord, le mode de section osseuse, le mode de fixation, la fermeture, et l’immobilisation postopératoire constituent les caractéristiques techniques générales. Le syndrome des loges constitue la complication postopératoire la plus redoutée. En raison de la richesse de sa pathologie, l’extrémité supérieure du fémur est la localisation qui comporte le plus de variétés d'ostéotomies. L'ostéotomie de dérotation est la plus classique. Les ostéotomies de varisation se répartissent en trois types en fonction du mode de positionnement de l'ostéosynthèse : ostéosynthèse monobloc ou bi-bloc introduite par la corticale externe, ostéosynthèse introduite par le foyer d'ostéotomie, ostéosynthèse antérieure. Chaque technique a ses indications préférentielles. L’ostéotomie de valgisation décrite par Southwick a pour indication principale l’épiphysiolyse. Les ostéotomies du col peuvent se faire en distal ou proximal et cherchent à réorienter la tête du fémur. Les ostéotomies du grand trochanter tentent de redonner une morphologie acceptable à l’extrémité supérieure du fémur. Les ostéotomies de jambe se partagent entre les ostéotomies de dérotation et l’ostéotomie de valgisation pour la maladie de Blount. Les ostéotomies du pied spécifiques à l’enfant, comportent les ostéotomies du calcanéum, les ostéotomies du tarse de réorientation de l’avant-pied et celles du métatarse. Au membre supérieur, les principales indications concernent la dérotation humérale, la correction du cubitus varus, l’ostéotomie haute de l’ulna pour correction de la luxation ancienne de la tête radiale, les ostéotomies de dérotation de l’avant-bras et la correction des troubles de croissance de l’extrémité inférieure des deux os de l’avant-bras.

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