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Hommage au Pr Jean-Marie Cloutier

Mise à jour 16/11/2017 à 10:32 |Publié le 16/11/2017 à 10:22
Professeur titulaire à l’Université de Montréal - Quebec 1926-2017

Né en 1926 dans une famille modeste du nord de Sudbury, Jean-Marie Cloutier est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants. Il perd son père dans un terrible accident à l’âge de 4 ans. La famille survit à la Grande Dépression en partie grâce à des voisins qui lui donnent une vache laitière.

Poussé par sa curiosité innée, c’est très tôt qu’il développe le goût de la lecture, grâce auquel il décroche une bourse; c’est le coup d’envoi d’études qui lui permettent de s’extraire de la misère : il fait des études de médecine à l’Université d’Ottawa, puis une résidence en orthopédie à l’Université de Montréal, avant d’avoir la brillante carrière qu’on lui connaît. Quel destin pour un homme d’exception!

C’est à Ottawa qu’il rencontre Elizabeth, sa compagne pendant 60 ans, avec qui il fonde une famille de quatre enfants, Odile, Blaise, Marie et Catherine, qui était le centre de sa vie.

Lorsque, à la fin de ma résidence, je me suis présenté à celui qui était alors chef du service d’orthopédie à l’Hôpital Saint-Luc, je ne savais pas à qui j’avais affaire; on ne parlait pas de lui dans le programme d’orthopédie Édouard-Samson – comme dit l’adage, « nul n’est prophète en son pays ». Il m’a dit qu’il voulait me voir travailler avant de décider s’il m’acceptait ou non dans le service, et c’est ainsi que, pendant trois mois, j’ai été pour ainsi dire son fellow. J’ai pu alors réaliser quel formidable professeur il était, tant dans la parole que dans le geste.

Puis il a pris le téléphone pour appeler nul autre que John Insall, qui était alors le gourou de l’arthroplastie du genou aux États Unis et membre fondateur, comme lui, de l’American Knee Society, pour m’envoyer à New York.

À mon retour de New York, j’ai eu la chance d’être associé à l’aventure de sa vie, à savoir la prothèse à conservation des 2 ligaments croisés, et le privilège de le côtoyer et de travailler avec lui pendant 17 ans.

Il m’a dit alors : « Tu verras, tu auras longtemps une longueur d’avance. » Je me souviens d’une réunion scientifique dans les années 1980 où, par sa connaissance de l’anatomie du genou et sa maîtrise des concepts de l’arthroplastie, il avait dominé. Lui, il avait plusieurs longueurs d’avance sur tous : c’était un pionnier.

En 1997, à l’étage d’orthopédie, il m’avait tiré par la manche pour me présenter sa première patiente qui avait eu sa PTG en 1977 et fait l’objet d’une publication dans L’UNION MÉDICALE, il y a 40 ans déjà. Sa prothèse était encore parfaite; la patiente revenait 20 ans plus tard pour son autre genou.

Et je peux témoigner que beaucoup de ses patients ont fait plus de 25 ans avec leur prothèse; j’en vois encore une qui en est même à 31 ans, et sa prothèse encore intacte va probablement faire 40 ans.

Au moment de sa retraite, il y a 17 ans, j’ai eu l’honneur de prononcer quelques mots en concluant que l’avenir lui donnerait raison. Eh bien, nous y sommes puisque, depuis peu, plusieurs compagnies orthopédiques font maintenant une prothèse à conservation des deux ligaments croisés.

Si le grand Édouard Samson a été l’un des fondateurs de l’Association Canadienne d’Orthopédie et du programme de formation en orthopédie qui porte son nom, avec sa boucle de ceinturon à l’effigie du Sacré-Cœur, qui faisait appel à l’intervention divine, il était par sa pratique un héritier du XIXe siècle. Jean-Marie Cloutier, lui, a résolument pavé la voie du XXIe siècle. Il a été de la génération de ceux qui ont inventé l’orthopédie moderne.

Personne dans le milieu de l’orthopédie du Québec – à l’exception peut-être de Louis‑Joseph Papineau – n’a eu un tel rayonnement international :

  • Professeur titulaire à l’Université de Montréal
  • Membre de nombreuses sociétés savantes
  • 51 publications
  • 80 communications
  • 58 fois professeur invité dans le monde entier
  • Une pléiade de visiteurs, plus de 100
  • 12 fellows
  • Sa prothèse à conservation des deux ligaments croisés, la prothèse Cloutier, au Musée des sciences de Toronto

Bien sûr, il prenait beaucoup de place, et quand il n’y avait pas de lit à l’étage, il faisait entrer ses patients par l’urgence, bloquant  toute possibilité d’opérer pour les autres. Dans ces années-là, j’avais la fin quarantaine et il approchait de la retraite. Un jour que je me plaignais qu’il n’y avait pas de place pour les jeunes dans le service – il est vrai qu’on ne voit pas le temps passer –, il s’est tourné vers moi, l’œil narquois, pour me répondre avec son sens aigu de la répartie : « Mais tu sais, Pierre, tu n’es plus tout jeune. » Et nous avons ri.

Aujourd’hui, je me sens orphelin. Comme père et fils, maître et élève, il était resté le maître pour moi. Il se tenait encore à la fine pointe de la spécialité et, jusqu’à tout récemment, donnait encore son avis et faisait des suggestions éclairées.

Non seulement garderons-nous le souvenir de ce qu’il a accompli par son intelligence vive et sa grande puissance de travail, mais resteront aussi à jamais inscrits dans nos esprits son sourire, l’intelligence pétillante de son regard et son grand sens de l’humour.

Pierre Sabouret, MD, chirurgien orthopédiste au CHUM

 

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